Revenons quelques
années en arrière…
Je devais avoir à peu
près la trentaine, en effet en y repensant, quelques années se sont éteintes
depuis lors.
Un de mes amis,
bijoutier de métier, m’avait un jour posé cette question :
— -—
Dis-moi Marie, j’observe que tu portes
souvent des boucles d’oreille à clip,
— - —Oui, lui répondis-je ? pourquoi tu
ne les trouves pas jolies ?
—
—Oh mais si, elles sont très jolies, mais
pourquoi à clip ?
— —
Et bien tout simplement pour répondre à
ta question, je n’ai pas les oreilles percées.
Surpris par ma réponse,
il ajouta :
— —
Ce n’est pas un problème tu sais, si tu
passes au magasin, je ferai le nécessaire, et tu verras pour toi ce sera
plus confortable.
— —
Oui, c’est vrai, mais j’ai un peu
d’appréhension.
Alors il me
répondit :
—
—Je t’attends demain à la boutique, tu
verras cela ne prendra que deux petites minutes.
Le lendemain aux
alentours de seize heures, je me rendai dans la galerie marchande où mon ami
était installé.
En arrivant devant la
bijouterie, je découvris une banderole sur laquelle était inscrit en caractères
gras :
« ICI ON PERCE LES
OREILLES SANS DOULEUR ».
A moitié rassurée,
j’entrai dans la boutique. A ce moment même une petite fille venait de se faire
percer les oreilles, particulièrement ravie de porter les mini boucles stériles
posées juste après le perçage, afin d’éviter toute infection, et favoriser la
cicatrisation.
Après qu’elle eut
quitté la pièce, mon ami me salua :
— —Coucou, c’est super, tu t’es
décidée ?
—
—Bein oui, lui rétorquai-je, il le faut
bien si je veux porter de vraies boucles d’oreilles
— —
Allez, installe-toi dans le fauteuil, je
m’occupe de toi.
J’étais donc installée
confortablement sur le siège, quand j’aperçus au dehors, quelques personnes qui
curieusement observaient les articles exposés et, soit dit en passant, me
regardaient également.
Mon ami s’approcha avec
une espèce de grosse pince, qui je l’avoue me tétanisait déjà. J’étais crispée,
mains agrippées au fauteuil.
- —
Surtout ne bouge pas, me précisa-t-il
A peine avait-il posé
« l’engin » sur mon lobe, que je ressentis une douleur atroce, il
venait de me percer l’oreille.
Je me mis alors à
pousser un cri horrible :
— —
Mais tu es un vrai malade, tu m’as fait
un mal de chien !
— —
Mais c’est de ta faute, me répondit-il,
tu as bougé, je t’avais pourtant précisé de ne pas faire un geste.
J’étais furieuse, il
m’avait littéralement mutilée. Le sang coula de mon oreille et tacha mon
corsage par la même occasion.
C’est alors que, ce
soi-disant « ami » m’apposa une compresse. Dehors les gens riaient,
j’étais humiliée. Je ne savais plus où me mettre. Lui, se confondait en
excuses.
—
—Bon, écoute, maintenant ça suffit, tu ne
me feras pas le même coup pour l’autre oreille, me dit-il sur un ton que je
qualifierai d’autoritaire
— —L’autre oreille ??? mais tu
plaisantes, je n’aurais jamais du te faire confiance, l’autre oreille tu ne
l’auras pas.
— —
Mais, enfin je perce tous les jours,
même un enfant ne fait pas tant de chichis et….
Sans lui laisser le
temps de continuer sa phrase, je quittai cette chambre de tortures, sans me
retourner, l’oreille en sang et le corps tremblant.
Nous ne nous revîmes
jamais. J’avais certes pu conserver une oreille indemne, mais j’avais perdu un
ami.
Depuis lors, je n’ai
toujours qu’une oreille percée, mais cela ne m’empêche pas de porter une boucle
d’oreille, ce qui me vaut à chaque fois la sempiternelle remarque : « attention Marie, tu as perdu une
boucle » !
Sans en avoir
réellement conscience à l’époque, je venais de lancer une nouvelle mode, car
quelques temps plus tard, le port d’une seule boucle d’oreille chez les jeunes
femmes, était du dernier cri.
En conclusion : Evitez
de faire confiance à la publicité, elle peut s’avérer parfois, bien mensongère.
Croyez-en mon expérience !!!
FIN
TDR@Marie-Hélène
